Art et technologie, le mélange de Benjamin Le Baron
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Quand on parle d'art, en général, numérique et technologie ne sont pas les premiers mots
qui nous viennent à l'esprit.
Des artistes qui utilisent des outils numériques et technologiques, ça existe.
A Rennes, par exemple, le festival maintenant voit le jour sous un autre nom, en 2001,
avec pour ambition de proposer d'abord des ciné-concerts autour des relations
entre images et musique.
Aujourd'hui, le festival propose concert, installation et exposition autour de l'art,
de la musique et des nouvelles technologies.
C'est donc dans le cadre du festival qu'avec Guglielmo, nous avons pu rencontrer
Benjamin Lebaron, co-créateur de l'installation Instabilité.
Ensemble, nous avons pu discuter de son œuvre, évidemment, et de la place qu'occupe
aujourd'hui la technologie dans la sphère artistique.
Bon, avant d'aller plus loin, laissez-nous vous parler de l'installation de Tristan
Menez et de notre invité, musicien sur le projet, Benjamin Lebaron.
A l'origine, l'œuvre était une performance, dans laquelle Tristan jouait avec un mélange
d'huile et de peinture, pour créer des images sur lesquelles on y voyait des gouttes
tombées.
Sur scène, était visible des tableaux en mouvement, accompagnés d'un fond sonore
de Benjamin réalisé en live.
L'installation, à revanche, est une sorte d'évolution.
Imaginez que vous entrez dans les théâtres de vieux Saint-Etienne, à Rennes,
et vous vous retrouvez dans un espace sombre et immersive.
Et une vidéo est projectée à grande échelle sur une toile.
Dans les images, il y a des sphères, des gouttes colorées vues de haut, tanto statiques
tant en mouvement, qui se séparent au second fond, immergées dans un liquide
moins dense.
Comme de l'eau dans l'huile, une musique électronique semble appeler les vibrations
de ces gouttes.
Puis, une grosse goutte tombe au centre et la musique change de ton et des rythmes.
Et c'est là que vous remarquez qu'entre vous et l'écran, la toile, il y a comment
un pied distal sur lequel est posé un petit plat de verre, où se retrouvent en fait
les gouttes que vous voyez dans les tissus.
Un mécanisme fait en sorte que, périodiquement, une nouvelle goutte tombe sous les plats
et modifie ainsi la musique, qui est clairement liée aux formes aléatoires
que les gouttes forment sur les plats.
Je vous conseille vivement d'aller sur votre moteur de recherche préféré
et des chercheurs à instabilité de Tristan Menetz et Benjamin Lebaron pour vous faire
une idée aussi.
En tout cas, ce deux liquides qui ne se mélangent pas rappellent clairement la
dynamique des fluides, cette branche de la physique qui étudie comment les fluides
se déplacent, qu'ils soient liquides ou gazeux.
Intrigués, nous demandons à Benjamin comment cette travail est née.
Avec Tristan, ça fait plus longtemps qu'on se connaît, on se connaît déjà
depuis une dizaine d'années.
Et en fait, moi, j'avais beaucoup suivi son travail, donc ses premières
expérimentations, lui, il avait déjà travaillé à la base sur les cordes de
Meld, c'était sa toute première installation, puis après, avec son
installation Bloom, qui était autour de la mécanique des fluides.
Et en fait, Tristan était venu me voir un jour en disant, ben, j'aimerais
faire une version live, une version performance de Bloom.
Et en fait, on est parti dans une direction un peu différente.
Et c'est ça qui a donné instabilité.
En fait, on s'est dit, ben, c'est carrément une autre proposition.
Donc, on va continuer à travailler autour de la mécanique des fluides.
Ça, ça a resté très intéressant en termes d'image et d'imagerie.
Nous, on voulait travailler vraiment autour de la différence entre
l'infiniment petit et l'infiniment grand.
Et donc, mon processus là dessus, donc Tristan avait déjà quelques
expériences. On a vraiment travaillé le son et l'image un peu conjointement.
Donc, c'était des allers-retours.
Tristan testait des choses, je faisais de la musique par dessus.
On testait des expériences avec des dispositifs, avec des hauts-parleurs,
des petits solenoïdes, des choses comme ça.
Et une interaction entre mes synthétiseurs et ce que ça pouvait faire sur l'image.
Et donc, c'est comme ça qu'on a créé Instabilités.
Et quelles sont les difficultés et autres défis qu'on peut rencontrer
lorsqu'on essaie de transformer une performance live en une installation ?
Là, le défi, ça a été de faire quelque chose qui soit quasi autonome.
Là où la performance, du coup, c'est du direct.
Donc, Tristan fait ses mélanges sur scène directement.
Voilà, il fait toutes les expériences en direct.
Donc voilà, c'est dans un temps donné, c'est sur 40 minutes de show.
On va devoir faire ça.
Donc là, la difficulté, c'est sur cette phase-là de pouvoir refaire
les mêmes expériences avec le même rendu quasi à chaque fois.
Chaque fois qu'on va faire une performance, il faut qu'on ait à peu près
le même rendu. Donc, il y a des accidents, des choses comme ça.
Mais ça, c'est toujours cool.
Ça fait partie de la performance.
Et là, de transformer ça en installation, c'était l'effet inverse.
Il faut que ça soit quelque chose qui tienne dans le temps
et qui soit pas trop redondant en même temps.
C'est quelque chose qui va être sur la durée, là, cette fois.
On veut que ça puisse être sur une journée entière d'installation.
Donc, il fallait que ça soit à la fois tenable sur la durée
et que ça soit en même temps que les gens ne s'ennuient pas trop devant.
Mais du coup, comment ça marche derrière ?
Ça veut dire que c'est vraiment de la classification de l'image.
Et du coup, on va identifier les gouttes.
Et sur la base de ça, c'est relié à une librairie de sons déjà faits.
Comment s'écouter là, de relier les deux ?
En fait, c'est juste une petite goutte qui va avec un liquide.
Donc, c'est tout simple, c'est de l'encre qui tombe dans un liquide.
Enfin, c'est de l'encre et de l'alcool qui tombent dans l'huile.
En fait, cette petite goutte va se diffracter complètement,
puis se rétracter via la caméra qui nous permet de projeter
le rendu visuel.
On a également tout un système, un logiciel qui va nous permettre
d'analyser ce qui se passe en direct.
L'analyse de l'image, c'est très simple, c'est du blob tracking.
Donc voilà, c'est juste de la reconnaissance.
Nous, on a fait en sorte que quand la goutte tombe,
elle tombe au milieu en fonction de sa position et de sa taille.
Donc, on va avoir plusieurs données qui vont être envoyées par ça.
Et ces données-là, moi, je peux les récupérer dans mon logiciel de musique
sans rentrer dans les détails.
Voilà, on a un protocole OSC qui nous permet de naviguer
entre les deux logiciels, le logiciel vidéo, le logiciel son.
Et en fait, ces données-là, qui sont envoyées dans mon logiciel de musique,
moi, je vais pouvoir les récupérer.
Et avec différents outils, je vais juste dire entre telle et telle valeur,
sur telle par mètre, je veux que le filtre de tel synthétiseur
soit augmenté, soit baissé, qu'en fonction du nombre de gouttes,
il y ait l'arpégiateur sur telle ou telle synthétiseur qui s'accélère,
que sur telle autre chose, ça envoie telle note.
Donc, il y a quand même un socle qui est préparé.
Moi, j'ai quand même préparé une base musicale,
ce n'est pas de l'impro total, ce n'est pas envoyer n'importe comment,
mais je vais faire en sorte que dans cette base musicale-là,
il y ait plein de paramètres qui vont varier,
pour que comme ça, on ait l'impression que ça soit tout le temps en changement,
qu'il n'y ait jamais la même chose qui revienne,
alors qu'en final, on a cette même base qui est tout le temps la même.
Une chose qui m'a marqué, effectivement, en voyant l'installation,
c'est le côté matériel de l'installation.
C'est-à-dire, je me disais, quand j'ai voyé votre travail
qui est inspiré à la dynamique des fluides,
on aurait pu faire quelque chose de similaire en utilisant des simulations numériques,
par exemple, ou de l'imagerie par ordinateur.
Et quand t'arrives, et effectivement, il y a cette matérialité des lancres,
non, ce n'est pas des lancres, là, c'est de l'huile, etc.,
moi, ça m'a plu aussi.
Mais du coup, je me demandais pourquoi ces choix,
pourquoi aller sur les côtés vraiment d'expérimentation comme ça,
plutôt que de l'imagerie par ordinateur.
Nous, on tenait vraiment à ça, à faire quelque chose d'analogique, entre guillemets,
à faire vraiment quelque chose qui soit simple à réaliser.
C'est des expériences qui peuvent être faites chez toi,
tu peux faire exactement la même chose.
Il y a eu quelque chose qui est connu, c'est l'expérience de Marangoni.
Nous, on voulait quelque chose qui soit simple à réaliser,
souable à reproduire,
et surtout, on tenait à ce rapport vraiment entre la matière,
entre quelque chose de tangible,
et en même temps, ce rapport à la technologie et au numérique.
C'est quelque chose qui nous intéressait.
En fait, nous, on est vraiment aspiré à fond par la science-fiction,
et par surtout les vieux trucs de science-fiction,
où voilà, il y a vraiment ce... où c'est pas tout numérique.
Quand Benjamin nous parle de son installation,
j'ai le sentiment qu'il a fallu un peu de bidouille aux artistes
pour matérialiser l'idée qu'ils avaient en tête.
En effet, brancher un logiciel d'analyse de liquide à un logiciel de musique,
on voit difficilement comment faire,
sans détourner au moins un peu l'usage de ces derniers.
Toute l'installation, tout le module, le dispositif,
c'est fait par Tristan en imprimant de 3D.
Et tu vois, tu parlais du logiciel,
et de l'interfaçage entre le logiciel vidéo, le logiciel son,
la bidouille là-dedans.
Et ben, en fait, c'est un logiciel de musique qui est connu,
qui s'appelle Ableton Live.
Et en fait, on s'est servi d'outils Max.
Max, c'est un langage informatique qui lui permet de faire plusieurs outils.
Il y a carrément un truc dans Live qui s'appelle Max for Live,
donc qui permet vraiment d'intégrer dans Ableton des outils Max.
Et donc, et là, c'est carrément c'est Tristan qui les a codés lui-même,
ces petits outils-là,
pour faire l'interfaçage entre le logiciel vidéo et ce logiciel musical.
Alors moi, je suis retourné un peu à l'enfance
et sur les bancs d'école avec le microscope.
Moi, j'ai vraiment trouvé des images de biologie,
en fait, vraiment des chimies.
C'était pas cosmique en tout cas, dans mon esprit,
c'était plutôt comme des cellules, des choses comme ça.
Vous devez savoir que j'ai personnellement une grande passion
pour la communication scientifique.
Et l'effet de faire de l'art avec de la dynamique des fluides
m'intrigue, franchement.
Je me demande donc quelle est la relation
entre la manière de faire de l'art et les contenus scientifiques.
Pour nous, la partie scientifique, c'est plus un outil
pour arriver à la création artistique derrière.
On prend ça comme une inspiration, vraiment.
Il y a plein d'expériences scientifiques où le rendu est hyper cool, hyper joli.
Et surtout sur la mécanique des fluides,
ça donne tout le temps des formes et des couleurs complètement inattendues,
complètement folles.
Et donc pour nous, c'est plus une inspiration.
Et un moyen d'arriver à ce qu'on veut faire,
finalement, il faut que ça serve le propos.
Depuis le début, on assomme un peu Benjamin de questions techniques.
De pourquoi ce choix est pas un autre,
comme si quelque part, on recherchait des réponses concrètes
à son expression artistique abstraite.
Et si on avait tort d'essayer de comprendre comment ça marche ?
C'est pas vraiment ce que nous a dit notre invité,
mais à un moment, Benjamin a quand même voulu rappeler que la technique,
ce n'est finalement qu'un outil,
et que c'est peut-être pas ça le plus important.
On parle que de technique depuis le début,
mais nous, il y a un autre truc sur lequel on est très très attaché,
c'est aussi la poésie dans ce qu'on va développer.
Et nous, on veut que le côté technique,
ça soit juste de la technique,
et que ça se ressente le moins possible.
Qu'en fait, quand on arrive sur soit la performance, soit l'installation,
que ça paraisse très simple,
et que n'importe qui puisse comprendre à peu près comment ça se passe.
Mais on ne veut pas direct que, hop,
t'aies un bac plus 20 en art numérique
pour comprendre vraiment ce qui se cache derrière.
On veut garder quand même ce côté très...
Ce n'est pas le bon mot, mais très pop dans l'approche.
Pourquoi l'œuvre, elle est aussi pop ?
On a vu des trucs, nous, dans nos parcours personnels,
des expos où parfois c'est hyper bien,
mais des fois, tu es vraiment devant le truc et tu fais...
Je ne comprends rien et ça ne m'intéresse pas.
Moi, j'ai tendance à dire que quand je vais commencer à plus m'intéresser
à la technique vraiment qu'à la beauté de l'œuvre,
sauf si c'est voulu, toi, sauf si c'est vraiment voulu par l'artiste
que ce qu'on ressent en sortant de là, c'était vraiment un côté technicien
où là, ça devient intéressant.
Mais si la personne va proposer quelque chose d'artistique sur le papier
et puis tu sors de là, t'es là, les lumières étaient jolies
ou le son était bien et que dans l'ensemble, t'es là...
J'ai été totalement hermétique à ça.
Nous, on voulait que ça soit accessible à tout le monde
et qu'on comprenne facilement ce qui se passe entre la goutte qui tombe,
l'écran, le son qui se déclenche, des trucs simples
et qu'en même temps, les gens fassent,
ben ok, c'est cool, c'est joli, il se passe quelque chose,
on ressent quelque chose.
Justement, tu l'as dit, c'était une volonté
et tu dirais que c'est par la simplicité de ces mécanismes
et la facilité qu'on a à comprendre comment ça marche
que ça en devient une œuvre compréhensible par tous ?
Oui, il y a de ça.
Toi, le fait ne serait-ce que le fait que ce soit une expérience simple
à mettre en place et que chacun puisse reproduire chez soi,
moi, je trouve ça intéressant aussi, ce côté un peu...
Bon, c'est très prétentieux, mais de démocratiser l'art,
de faire, ben en fait, si tu veux le refaire chez toi, tu peux.
Une ambiance paisible qui permet de se reposer
sur peut-être la continuité du temps et des mouvements.
Je pense que le son, il fait beaucoup.
Je reviens dessus, mais c'est vrai qu'il y a un côté un peu pesant,
presque, dans le son.
Et sinon, l'autre chose, c'est pour moi, il y a une petite différence, par contre,
entre la compréhension et la sensibilité.
C'est-à-dire que si on pense aux entretiens qu'on a fait après,
il y avait des ambiances très différentes, des gens qui disaient
ça m'a marqué parce que je trouvais un peu angoissant
et d'autres personnes qui avaient dit une autre,
oh non, je la trouvais très cool, très chill, ça m'a relaxé beaucoup.
Donc peut-être qu'il n'y a pas une compréhension,
ça veut dire que oui, on a compris ce que les artistes voulaient nous dire,
mais plus une sensibilité.
Ça a touché la sensibilité des personnes,
mais peut-être que vous n'avez pas envoyé un message clair.
C'est le but du jeu.
Chacun, avec sa sensibilité, va ressentir quelque chose de différent.
Et ça, nous, on est carrément OK avec ça.
On sait ce qu'on voulait un petit peu aussi,
c'est que chacun, en fonction des images qu'il va voir et de la musique,
effectivement, en fonction de sa culture, de ses codes et tout,
il y en a, comme tu dis, qui vont trouver ça hyper angoissant,
comme d'autres qui vont trouver ça hyper relax et tout.
C'est le but du jeu, c'est que, de toute façon, tu vois une œuvre,
tu comprends un petit peu ce que l'artiste a voulu dire,
mais après, toi, tu vas l'approprier avec tes codes à toi.
Tu vois, c'est que des grosses gouttes qui tombent,
mais à quoi ça me fait penser ?
En 2015, j'ai passé mon bac, et pour l'épreuve de philosophie,
j'ai choisi ce sujet.
L'artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ?
Cette question, on a voulu la poser à Benjamin,
sous une autre forme, évidemment, puisque nous n'avions pas quatre heures.
En bref, on lui a demandé si son art avait un objectif.
Est-ce qu'il cherchait à susciter quelque chose en nous,
ou est-ce que sa création n'était que de l'expression pure et artistique,
sans attention précise ?
Je pense que c'est un mélange des deux.
Nous, on l'a fait pour nous, si cette œuvre,
on voulait quelque chose qu'on trouve intéressant.
Ce n'est pas une commande, ni rien, c'est vraiment...
On avait envie de faire ça, on l'a fait,
mais il y a quand même effectivement un petit côté,
tu penses au public, c'est quelque chose qui va être montré quelque part.
Ce n'est pas un concert, c'est vraiment une installation.
Je pense, c'est peut-être mon côté musicien qui parle,
j'aurais plus tendance à faire quelque chose vraiment pour moi
si c'était un concert, où là vraiment je vais me lâcher,
je vais faire un truc, même si les gens ne comprennent rien,
c'est pas grave, c'est une proposition.
Mais là, pour cette œuvre-là,
nous, on a eu quand même en tête de dire
on a envie que ça soit accessible à tout le monde,
ça fait partie de l'œuvre.
Et pour nous, parce qu'on est contents du résultat,
et pour les gens qui vont le voir,
parce que finalement, tu vois,
vu qu'en plus nous, on ne va pas être là à kiffer sur scène
ce qui est en train de se passer,
vu que c'est une installation,
il faut que ça soit rendu à ceux qui vont le voir.
Je dois admettre que la critique de l'art
n'est certainement pas mon fort,
et je pense qu'il va de même pour Alex.
Et regardons sur Internet, on trouve beaucoup d'étiquettes
tels que art numérique, art hybride, etc.
Et du coup, je profite du temps que Benjamin nous a donné
pour lui demander, s'il peut nous aider,
à donner quelques définitions.
Pour moi, l'art numérique, c'est un peu...
C'est vrai que c'est un peu fourre-tout, je pense,
parce que ça peut être tout et n'importe où.
Mais maintenant, beaucoup de choses sont numériques.
Tu vas voir un concert, c'est numérique,
tu vas au ciné, c'est numérique.
Si je devais faire une définition avec mes mots,
sur, par exemple, sur ce qu'on peut voir au festival,
maintenant, c'est justement de l'art
qui a su utiliser ces outils numériques
comme moyen de création.
Ça va être ça, quoi.
C'est pas...
L'outil numérique n'est pas seulement un médium,
ça va être carrément...
Ça va faire partie intégrante de la création.
On va être honnête, l'émission d'aujourd'hui
est peut-être un peu plus philosophique que d'habitude.
Alors, quitte à tout questionner,
j'ai demandé à Benjamin
pourquoi il s'est tourné vers les machines
pour exprimer son art.
Pour moi, ça veut dire quelque chose,
le fait de s'orienter vers les sons synthétiques des machines
plutôt que les cordes d'une guitare.
Bien que les deux soient pas incompatibles,
c'est pas ce que je dis.
Alors, qu'est-ce que lui apporte la technologie dans son expression ?
Je pense que l'art,
enfin, tu vois, la technologie,
et c'est notre cas et c'est le cas pour plein de monde,
ça permet d'émanciper un petit peu les limites
qu'on pouvait avoir avec d'autres supports.
Et pour nous, c'est vraiment ça.
Moi, à la base, je faisais de la guitare,
j'ai appris à faire de la guitare,
je suis pas un super guitarriste.
Et en fait, quand j'ai découvert les logiciels informatiques et tout ça,
j'ai trouvé un nouveau moyen d'expression.
Tout ce que j'arrivais pas à faire à la guitare,
j'étais là, mais en fait, là, je peux le faire,
je peux le programmer,
je peux le jouer d'une autre manière
et je vais arriver à faire sortir les idées que j'ai dans la tête,
mais d'une autre manière.
Pour moi, c'est vraiment la technologie,
pour moi, c'est plus un moyen d'expression.
Moi, je l'appréhende vraiment de manière ludique.
J'arrive et j'utilise tous ces outils qui sont à ma disposition
pour faire quelque chose d'artistique, ce que j'ai envie.
Quelque part, il y a quelque chose de culturel.
C'est ta culture un petit peu d'avoir été baigné dans ces choses-là
et du coup, c'est le meilleur moyen que tu as trouvé
pour exprimer ce que tu voulais faire.
Oui, puis tout simplement, en fait,
tu vois, moi, j'écoutais plein de rock au début et tout ça,
mais j'arrivais pas à faire ce que je voulais faire.
Dans ce truc-là, j'étais pas un bon musicien.
Quand j'ai commencé à écouter de l'électro ou des choses comme ça,
je me suis rendu compte qu'avec mes petites machines et tout ça à mon ordinateur,
d'un coup, j'arrivais à reproduire plus ou moins ce que j'entendais
et surtout, j'arrivais à faire, à me dépasser entre guillemets.
À la guitare, très vite, j'étais limité parce que
j'avais une mauvaise coordination entre mes deux mains,
alors que sur la machine, t'as pas du tout ça.
L'outil numérique et la technologie,
ça permet de s'émanciper vraiment sur les limites du corps tout simplement, déjà.
Il va rester que la limite de ton esprit.
Par contre, il faut pas, pour moi, penser que du coup,
tous les côtés, disons, artisanal et de réessayer et de travailler derrière
disparaissent avec les machines.
Je veux dire, pour moi, la maîtrise, quand même, de la machine,
de l'interface entre ton esprit et la machine
demande quand même beaucoup de travail, au moins.
Ah oui, c'est comme un nouvel instrument, c'est un nouvel outil
qu'il faut apprendre à maîtriser.
C'est différent, c'est complètement différent.
Voilà, même l'outil informatique, faire de la musique sur un ordinateur,
c'est comme un nouvel instrument, il faut l'appréhender, il faut le maîtriser.
Moi, je pense que je m'y suis plus retrouvé là-dedans
qu'avec des instruments traditionnels, entre guillemets.
C'est pour ça que j'en ai fait mon métier.
Pour moi, c'était plus facile, entre guillemets, de faire ça.
Et à un moment donné, il y avait quelqu'un qui avait vraiment aimé votre installation,
mais qui a sorti une phrase qui m'a vraiment marqué.
Elle disait, l'ambiance était top, les images étaient trop belles, trop évocatives,
et la musique était trop bien, même si c'était généré par ordinateur.
Et cette tournoi de phrase, moi, je me suis dit, attention, là, il y a quelque chose.
Du coup, selon toi, dans la sphère artistique ou en général,
de comment l'art est perçu, est-ce qu'il y a toujours un régé de l'art
fait par l'ordinateur plutôt versus l'art fait avec la guitare physique ?
C'est intéressant parce que, est-ce que cette personne disait ça parce que...
Il y a un gros débat en ce moment sur les IA, mais est-ce que c'était là-dedans
ou est-ce que c'était carrément le fait que ce n'était pas de la musique jouée en direct ?
Je pense que c'était plutôt les sonorités qu'elle disait, c'est une sonorité de musique électronique,
et qu'évidemment, il y avait une préférence, comme si ça s'était dit,
comme si c'était un peu inférieur quoi, c'était pas de la musique, c'était la musique électronique quoi, c'est pas de la...
Oui, c'est peut-être ça, comme tu dis, il y a sans doute des préjugés là-dessus,
il y a encore plein de gens qui disent, les DJs, c'est pas des musiciens et tout ça,
c'est bien pour dire que, bon, finalement, les préjugés autour de la musique électronique
sont encore assez tenaces, je pensais.
Combien de fois met-il arrivé d'être insensible devant une oeuvre dans un musée ?
Sûrement, trop de fois.
Peut-être suis-je plus sensible à un genre de culture moins légitime ?
En tout cas, une culture à laquelle on n'y accolerait pas tout de suite des mots comme « art ».
Alors peut-être que cette distinction, très réductrice, on vous l'accorde, n'a plus de sens aujourd'hui.
Est-ce que la technologie a participé à un certain effacement des frontières
entre les cultures et les mouvements artistiques ?
Pour moi, il n'y a pas de culture légitime ou pas légitime,
il y a de la culture, et éventuellement, il y a de la contre-culture,
avec des propositions différentes du canon global de la culture contemporaine.
Par exemple, l'ère contemporaine, les choses comme ça,
qui vont se mettre dos à dos avec des choses comme des trucs plus punk,
mais bon, encore ces choses-là, elles sont rattrapées par la culture globale maintenant.
C'est ça qui est intéressant justement, c'est que maintenant, tout est englobé.
Si tu prends la musique, c'est à la fois embêtant,
je trouve qu'il n'y ait plus vraiment que les choses soient plus cloisonnées,
mais en même temps, c'est génial de se dire qu'il y a des choses qui sont créées maintenant,
où tout est englobé et ça va créer des nouvelles choses,
où chacun va aller piquer des petits bouts à droite, à gauche.
Je pense qu'il y a des ponts incroyables qui peuvent être faits entre les différents mondes,
et que de plus en plus, sur des propositions comme le Festival Maintenant,
ou à Nantes le Festival Scopitone ou des choses comme ça,
il y a des lieux qui sont jugés un peu inaccessibles par le milieu clubbing ou le milieu électro,
qui vont commencer à y avoir des propositions dans des lieux comme ça,
dans des opéras, dans des théâtres, il ne faut pas que ces deux mondes s'opposent.
Dans toute cette histoire de culture légitime et illégitime,
Gou et moi, on y voyait aussi le blocage par la technicité.
En gros, est-ce qu'une œuvre doit avoir ses propres codes
pouvant inclure ou exclure par sa complexité ?
Je trouve que c'est l'inverse complètement.
Plus une œuvre va être compréhensible facilement,
même si elle est techniquement hyper complexe,
mais que justement, tu ne vois pas cette complexité,
c'est là où l'œuvre devient intéressante.
Si tu es obligé de mettre une technique ultra complexe pour avoir quelque chose d'intéressant,
pour moi, ça devient de la technique, ce n'est pas de l'art.
Par exemple, en musique, j'ai vu des trucs incroyables avec des show-lumière de malade,
mais tu as plus l'impression d'être dans un show-room pour technicien du spectacle,
dans une salle de spectacle où tu vas vraiment assister à quelque chose d'artistiquement intéressant.
On ne pouvait pas échanger avec un artiste sans évoquer avec lui la question de l'intelligence artificielle.
À la fin de notre entretien, on a discuté de l'impact que pourrait avoir l'IA
sur son travail artistique et sur la création en général.
Je pense que si on ne fait pas gaffe, tous les métiers artistiques, on va prendre un peu cher.
Il y a beaucoup de métiers qui vont être impactés par ça.
L'intelligence artificielle, c'est à la fois un super outil pour plein de trucs.
Ça peut effectivement faciliter beaucoup de choses.
Mais je pense que moi, je suis un peu plus vieux que vous et je pense que je suis un peu en ancienne génération.
Et pour moi, ça me fait peur.
Et puis de dire que ce n'est pas quelque chose qui a été fait par un humain, mais par un ordinateur,
ça me rogoisse un peu.
Moi, j'ai été baigné par toutes les cultures.
Un D80, un port très ambigu.
Je trouve qu'il y a des trucs qui peuvent être incroyables par l'intelligence artificielle.
Par exemple, dans le domaine de la santé, je pense que ça pourrait faire plein de choses.
Mais dans le domaine de l'art, par exemple, tous les trucs qu'on voit avec Mid-journey et tout ça,
moi, ça ne me touche pas du tout.
Moi, je trouve que ça reste quand même très factice.
Mais après, en même temps, c'est incroyable.
Techniquement, c'est incroyable.
Ma peur est toujours seulement de faire comme les peintres,
d'avoir le même positionnement des peintres le moment l'appareil photo est réduit.
Et du coup, c'est parce que je partage complètement ce que tu dis.
Mais en même temps, je me dis, on venait de dire la technologie comme quelque chose qui émancipe.
Est-ce qu'il y a à avoir un rôle émancipateur ?
C'est peut-être ça, c'est peut-être que là, pour le moment, c'est encore trop frais pour nous
et les gens ne se sont pas encore appropriés ça.
Et comme tu dis, peut-être que tu vois, dans les années qui viennent,
il va y avoir deux disciplines qui vont se créer, comme la peinture et la photo.
Les deux vont rester et vont avoir autant d'importance dans le futur.
Il y aura des gens qui seront spécialisés dans la culture numérique, intelligence artificielle.
Et il y en a d'autres qui vont continuer à faire leur...
Et les deux vont cohabiter.
Merci à Benjamin Le Baron d'être venu nous parler de son installation
et de son rapport aux arts numériques.
On vous invite vraiment à jeter un œil à son travail.
Et si vous nous écoutez en podcast, on met des liens dans la description
pour que vous puissiez vous plonger dans son univers.
Également, un immense merci au Festival Maintenant de nous avoir mis en relation avec Benjamin
et sans qui cet épisode n'aurait pas pu voir le jour.
Les remerciements, vous le savez, ça veut dire que nous sommes déjà
à la fin de ce premier épisode de la saison 3 d'Azerty.
S'il vous a plu, n'hésitez pas à nous donner votre avis en commentaire
et à noter le podcast sur les applications dédiées.
Nous, on est très heureux de revenir cette année
et on vous dit à la prochaine sur C-Lab et en podcast.
Sous-titres générés avec IA (Whisper), editing et proofing par Guglielmo Fernandez Garcia.
Créateurs et invités

